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Définition claire : le croisement de plusieurs discriminations chez une même personne
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Origine du concept : la juriste Kimberlé Crenshaw, en 1989
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Exemples concrets appliqués à l'autisme pour bien comprendre la notion
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Julie Dachez aborde ce sujet dans son livre L'autisme, autrement
Intersectionnalité : définition
L'intersectionnalité est un concept qui désigne la façon dont plusieurs systèmes d'oppression (sexisme, racisme, validisme, homophobie, transphobie, classisme, etc.) se croisent et s'additionnent chez une même personne. Ces discriminations ne s'ajoutent pas simplement les unes aux autres : elles se combinent pour créer des expériences spécifiques, différentes de celles vécues par une personne qui ne subit qu'une seule de ces discriminations à la fois.
Autrement dit, une personne peut appartenir à plusieurs groupes minorisés en même temps, et la discrimination qu'elle rencontre ne se comprend pas en additionnant séparément chaque motif de discrimination. Elle se comprend en observant comment ces motifs interagissent entre eux, dans un contexte social donné.
Origine du concept
Le terme est forgé en 1989 par la juriste et professeure américaine Kimberlé Crenshaw. Elle observe que le droit américain de la lutte contre les discriminations traite séparément le sexisme et le racisme, sans prévoir de cadre pour les femmes noires confrontées aux deux à la fois.
Dans un exemple resté célèbre, Crenshaw analyse un procès où des femmes noires n'ont pas pu prouver une discrimination à l'embauche : l'entreprise employait bien des femmes (blanches, à des postes administratifs) et des personnes noires (des hommes, à l'usine), sans jamais embaucher de femmes noires. La loi, pensée pour traiter un seul motif de discrimination à la fois, ne permettait pas de nommer ce qui se jouait à l'intersection des deux.
Depuis, le concept a été repris et élargi par de nombreux mouvements militants et de nombreuses recherches en sciences sociales, bien au-delà du croisement initial entre sexisme et racisme.
Des exemples concrets pour mieux comprendre
L'intersectionnalité reste une notion assez abstraite tant qu'elle n'est pas illustrée. Voici plusieurs exemples appliqués à l'autisme.
Une femme autiste
Une femme autiste ne vit pas son autisme comme un homme autiste. Les critères diagnostiques ont été construits à partir de profils majoritairement masculins, si bien que de nombreuses femmes sont diagnostiquées tardivement, ou pas du tout. À cela s'ajoutent des normes de genre qui poussent davantage les filles et les femmes à observer les autres et à camoufler leurs particularités pour paraître conformes. L'autisme et le sexisme se combinent ici pour produire une expérience spécifique : celle du sous-diagnostic et du camouflage renforcé.
Une personne autiste et trans
Une personne autiste et transgenre peut se heurter à une double incompréhension : certains professionnels spécialisés dans l'autisme connaissent mal les questions de genre, tandis que certains services dédiés à la transidentité sont peu adaptés aux particularités autistiques (communication, sensorialité, prévisibilité). Les effets du validisme et de la transphobie s'additionnent alors, sans que l'un ou l'autre motif suffise à expliquer les difficultés rencontrées.
Une personne autiste et racisée
Une personne autiste noire ou arabe peut être confrontée à des biais racistes qui influencent la façon dont ses comportements sont interprétés : un retrait social, un évitement du regard ou une stéréotypie peuvent être lus à travers des grilles racistes avant même d'être reconnus comme des signes d'autisme, retardant le diagnostic et l'accès à un accompagnement adapté.
Une personne autiste en situation de précarité
L'accès à un diagnostic, à des formations, à des aménagements ou à un accompagnement spécialisé a un coût, financier autant que temporel. Une personne autiste disposant de peu de ressources économiques aura donc un accès plus restreint à ces ressources qu'une personne autiste plus favorisée, alors même que son fonctionnement autistique est identique.
Pourquoi ce concept est utile pour parler d'autisme
L'autisme ne se vit jamais isolément du reste de l'identité d'une personne : son genre, son origine, sa classe sociale, son orientation sexuelle ou son état de santé influencent la manière dont son autisme est perçu, diagnostiqué et accompagné. Ignorer cette dimension intersectionnelle revient à ne prendre en compte que les profils les plus visibles et les mieux représentés, au risque de laisser de côté une grande partie des personnes autistes.
C'est pourquoi la notion d'intersectionnalité est aujourd'hui centrale dans les approches non déficitaires de l'autisme, aux côtés de concepts comme le camouflage ou le validisme.
Pour aller plus loin : le livre de Julie Dachez
Docteure en psychologie sociale et autrice, Julie Dachez aborde bien la question de l'intersectionnalité dans son livre L'autisme, autrement. Elle y explique comment le genre, les rapports sociaux et les autres discriminations viennent s'ajouter au vécu autistique, et pourquoi une lecture uniquement médicale de l'autisme ne suffit pas à comprendre la diversité des parcours.
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Questions fréquentes
L'intersectionnalité, en une phrase ?
C'est le fait que plusieurs discriminations (sexisme, racisme, validisme, etc.) se croisent chez une même personne et créent une expérience spécifique, différente de la simple addition de chacune d'elles.
Qui a inventé le terme intersectionnalité ?
La juriste américaine Kimberlé Crenshaw, en 1989, pour décrire la situation des femmes noires confrontées à la fois au sexisme et au racisme.
Comment l'intersectionnalité s'applique-t-elle à l'autisme ?
Le genre, l'origine, la classe sociale ou l'orientation sexuelle d'une personne autiste influencent la façon dont son autisme est perçu, diagnostiqué et accompagné : par exemple, les femmes autistes sont davantage sous-diagnostiquées, et les personnes autistes racisées voient parfois leurs comportements interprétés à travers des biais racistes plutôt que reconnus comme autistiques.
Où en savoir plus sur l'intersectionnalité et l'autisme ?
Julie Dachez développe ce sujet dans son livre L'autisme, autrement, ainsi que dans sa formation en ligne Comprendre l'autisme autrement sur Julie Academy.
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